
C’était épouvantable, on s’est réveillés trempés et transis, il faisait pas si froid mais la chaleur était tombée subitement, sans parler de la pluie — des cordes — glaciale, raide, une vraie douche, j'étais en furie, Raphaël avait juste une méchante gueule de bois et plus de réflexes, il partageait aucunement mon agitation et ma frustration, à la limite je pense que ça l’amusait un peu, il avait plus de forces, plus d’équilibre, ça lui a pris quelques minutes à se réveiller, à se cacher le visage, les premières gouttes d’eau l’ont fait sourire de satisfaction, puis finalement il s’est redressé, recroquevillé plus creux dans notre petit portique rectangulaire, dans la poussière devenue de la boue. Il me fixait avec ses yeux malades, tous mouillés, rouges, il avait des cernes incroyables, on aurait dit des ecchymoses, incroyables, pires que d’habitude; il fixait dans un coin sa bouteille qui gisait sur le béton, il restait une grosse gorgée dans le fond, il l’a tirée vers lui, débouchée et vidée, c’était dégueulasse. De l’eau brune lui coulait dans le front, la pluie le frappait sans qu’il cherche à se protéger, j'en revenais putain, il y a une limite à se sentir en harmonie avec la nature. Il fallait que je me terre, au plus vite, je me débattais, je fouillais dans mon sac à la recherche de mon imperméable en blasphémant, tout allait être mouillé bord en bord, mes vêtements, ma drogue, mon tabac, mes petites boîtes de métal étaient pas étanches; certains trucs que j’avais notés seraient carrément détruits, je traînais un de tes livres, lui aussi serait détruit. J’ai dit à Raphe de se lever, on allait chez un de mes amis, il avait un café, je l’avais pas écoeuré depuis un bout, il serait content de me voir, en plus là c’était une urgence, c’était l’apocalypse, je voulais mourir : je sais que je dis tout le temps ça, mais j’étais dans une rage jamais vue, unique — même si pendant qu’elles ont lieu j’entrevois déjà le moment où le passage des heures les auras aplanies, les crises durent ce qu’elles doivent physiquement durer, puis un moment donné la pression chute, c’est fini, je respire plus, j’entends plus rien, soudain je cesse de détester tout ce qui me touche, je recommence à m’en contrefoutre et à me trouver trop stupide, à répéter tes principes bouddhistes : rien n’est moi et tout passe et tout se décompose toujours, et je te jure ça fait presque son effet. ffice
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